Il est difficile de définir le Shen, parce qu’il est peut-être plus facile à percevoir qu’à expliquer.
Dans la tradition chinoise, il est lié au Cœur, le Xin, et à la conscience. Pino Ferroni le décrivait comme cette « conscience vivifiante » de l’être humain, cette capacité à se connaître soi-même et à connaître les choses.
Mais le Shen est aussi profondément incarné.
Il se manifeste dans la vivacité du regard, le teint du visage, le ton de la voix, le port du corps. Il est lumière, vitalité, présence.
Pino parlait aussi de Shen Ming, l’éclat ou la lumière du Shen : une clarté intérieure qui rayonne et devient perceptible dans la manière d’être, de regarder, de parler et d’entrer en relation.
C’est ainsi que j’ai découvert le Shen auprès de Pino.
Cette qualité était profondément perceptible chez lui, mais elle imprégnait également l’école qu’il avait créée. Je la retrouvais chez les formateurs et les praticiens qui avaient eux-mêmes accompli ce travail auprès de lui : une qualité de présence, une douceur, une chaleur dans la relation, quelque chose de vivant dans le regard.
Le Shen n’était donc pas seulement enseigné. Il se cultivait, s’incarnait et se transmettait.
Chez Pino, je le percevais dans la lumière et la douceur de son regard, dans son calme, dans sa manière de parler, de se tenir, d’écouter. Dans cette chaleur humaine et cette tendresse avec lesquelles il pouvait accueillir l’autre.
Il y avait de l’amour.
Non pas un amour sentimental, mais une qualité d’accueil qui permettait de se sentir profondément reçu tel que l’on était.
S’accueillir pour accueillir
Dans l’enseignement de Pino, le travail du Shen commençait par soi-même.
Il écrivait que trois mots constituaient le fil conducteur de son travail : réalité, conscience et Amour.
Se sentir pour pouvoir sentir l’autre.
Se comprendre et s’accepter pour pouvoir comprendre et accepter l’autre.
Cette ouverture du Cœur commence donc par une rencontre avec soi-même.
Apprendre à se regarder avec sincérité. Reconnaître ses blessures, ses peurs, ses défenses, ses cuirasses, ses contradictions. Non pour se condamner, mais pour pouvoir les accueillir et les traverser.
Apprendre à s’accueillir et à s’aimer soi-même ouvre progressivement la possibilité d’accueillir et d’aimer véritablement l’autre.
Le Shen est ainsi inséparable de la conscience de soi et de l’ouverture du Cœur.
Le Vide du Cœur
Pino accordait une place essentielle au Vide du Cœur et à l’Art du Cœur.
Faire le Vide du Cœur ne signifie pas devenir vide ou indifférent. C’est retrouver un espace intérieur suffisamment disponible pour accueillir ce qui est, sans immédiatement le recouvrir de nos peurs, de nos désirs, de nos jugements ou de nos projections.
Dans la tradition qu’il transmettait, celui qui accompagne commence donc par revenir à lui-même.
Un passage du Ling Shu cité par Pino l’exprime magnifiquement : avant de traiter l’autre, il faut d’abord rectifier son propre Shen, car c’est aussi à travers le regard porté sur l’autre que son Shen est appelé.
Avant le geste, il y a donc la présence.
Avant ce que nous faisons, il y a ce que nous sommes.
Retrouver ce que nous sommes
Pour Pino, le Shen est aussi lié à l’authenticité.
Le travail intérieur permet progressivement de reconnaître les cuirasses, les défenses et les masques construits au cours de notre histoire et de retrouver une relation plus vraie avec nous-mêmes.
La tradition taoïste parle de l’être qui, en suivant le naturel, retrouve son centre et devient pleinement lui-même.
C’est là que l’enseignement reçu de Pino rejoint profondément le chemin qui est devenu le mien.
Ma propre recherche s’est poursuivie et élargie à travers la psychanalyse, le travail bioénergétique et corporel, le Tao, mais aussi la rencontre avec d’autres traditions et d’autres maîtres : la voie soufie, le message originel du christ ou du Bouddha, puis la non-dualité à travers notamment Ramana Maharshi, Papaji et Mooji.
Des langages et des chemins différents qui, pour moi, éclairent une même direction : apprendre à voir ce qui nous éloigne de nous-mêmes, ouvrir le Cœur et revenir à ce que nous sommes profondément.
Retrouver son état naturel.
C’est cette synthèse vivante qui nourrit aujourd’hui Maison Shen.
Le Shen n’y est donc pas seulement le nom d’un enseignement reçu.
Il en porte l’esprit : une conscience qui s’éveille, un Cœur qui s’ouvre, une présence qui s’incarne et une invitation à devenir toujours plus profondément soi-même.
