La cuirasse musculaire et caractérielle

Gros plan sur la main de Zahra Chouitar posée sur le corps pendant une séance de biomassage énergétique

Quand notre histoire s’inscrit dans le corps

Nous avons parfois l’impression d’avoir oublié certaines expériences de notre histoire. Nous pensons les avoir dépassées, comprises ou laissées derrière nous.

Et pourtant, le corps peut continuer à en porter la trace.

Une respiration qui se retient. Une mâchoire qui se serre. Des épaules constamment tendues. Une difficulté à se laisser aller, à recevoir, à exprimer une émotion ou à aller spontanément vers ce que l’on désire.

Le corps raconte ainsi quelque chose de notre manière d’être au monde.

C’est ce lien entre notre histoire, notre caractère et notre corps qu’ont exploré Wilhelm Reich puis Alexander Lowen, et sur lequel Pino Ferroni s’est largement appuyé dans Il Corpo Ritrovato et dans l’élaboration de son approche corporelle.

Comment se construit la cuirasse

Lorsque nous sommes enfants, nous ne pouvons pas toujours comprendre, exprimer ou élaborer ce que nous vivons.

Alors nous nous adaptons.

Une peur, une colère, un besoin ou une émotion que nous ne pouvons pas exprimer peuvent s’accompagner d’un mouvement retenu, d’une respiration modifiée, d’une contraction musculaire.

Lorsque cette manière de se protéger se répète, certaines tensions peuvent devenir chroniques.

Wilhelm Reich fut l’un des premiers psychanalystes à mettre en évidence que nos mécanismes de défense ne s’expriment pas seulement dans notre psychisme : ils s’inscrivent aussi dans le corps.

La rigidité musculaire n’est alors pas seulement la conséquence de ce que nous retenons. Elle peut devenir elle-même l’un des mécanismes par lesquels nous continuons à retenir ce qui, autrefois, ne pouvait être exprimé.

C’est ce que l’on appelle la cuirasse musculaire et caractérielle.

Quand une protection devient un frein

Le mot « cuirasse » pourrait laisser penser à quelque chose de mauvais qu’il faudrait supprimer.

Mais une cuirasse est d’abord une protection.

Nous avons construit certaines manières de nous tenir, de respirer, de réagir ou d’entrer en relation parce qu’elles nous ont permis, à un moment où nous étions vulnérables, de nous adapter à ce que nous vivions.

La difficulté apparaît lorsque cette protection devient permanente.

Les circonstances ont changé, nous avons grandi, mais le corps peut continuer à répondre comme autrefois. Une tension devient une posture habituelle. Une défense devient un trait de caractère. Une façon de se protéger devient une manière d’entrer en relation avec les autres et avec la vie.

Ce qui était une réponse nécessaire peut alors limiter notre capacité à vivre pleinement et librement.

D’une certaine manière, le passé continue à vivre dans le présent à travers la cuirasse.

« Nous sommes notre corps »

Pino Ferroni accorde une place importante au travail d’Alexander Lowen, qui poursuit celui de Reich. Il reprend notamment cette affirmation :

« Nous sommes notre corps. »

Notre manière de respirer, de nous tenir debout, de marcher, de regarder, de nous contracter ou de nous détendre participe à notre manière d’être au monde.

C’est pourquoi comprendre mentalement un mécanisme ne suffit pas toujours à nous en libérer.

Nous pouvons savoir que nous avons tendance à contrôler, à nous fermer, à fuir ou à nous défendre et continuer pourtant à reproduire la même réaction.

Pour qu’un autre mouvement devienne possible, ce qui était automatique doit d’abord pouvoir être senti et reconnu dans l’expérience corporelle elle-même.

Reconnaître plutôt que combattre

Si la cuirasse nous a protégés, le mouvement juste n’est pas de la combattre.

Il est d’abord de la reconnaître et peut-être même lui être reconnaissant.

Sentir une tension que l’on ne percevait plus. Une respiration qui s’interrompt. Un mouvement qui ne va pas jusqu’au bout. Une partie du corps qui se ferme ou se protège.

Et peu à peu reconnaître ce que cette défense exprime et ce qu’elle a permis de protéger.

C’est dans cette direction que s’inscrit le Biomassage énergétique. Le travail corporel ne cherche pas à arracher une défense ni à provoquer brutalement une émotion. Il accompagne progressivement l’assouplissement de la cuirasse, avec douceur et dans le respect du rythme de chacun.

Zahra Chouitar pose les mains sur la nuque d’une personne allongée

Assouplir la cuirasse, retrouver le vivant

Un arbre aux branches dansantes, dans la lumière

Alexander Lowen et Pino Ferroni parlent de motilité : cette capacité du corps vivant à bouger, à répondre, à aller vers, à se retirer, à s’ouvrir, à se fermer puis à pouvoir s’ouvrir de nouveau.

La liberté n’est donc pas d’être toujours ouvert, détendu ou vulnérable.

Elle réside dans cette possibilité retrouvée de ne plus répondre toujours de la même manière.

Pino inscrit son travail dans cette direction : retrouver un être humain « plus sensible, mais moins fragile ».

Assouplir la cuirasse ne signifie pas devenir sans défense. Cela signifie pouvoir retrouver une sensibilité qui n’oblige plus à se durcir en permanence pour se protéger.

Et le corps ne révèle pas seulement nos blessures.

Lorsque la cuirasse s’assouplit, il peut retrouver sa capacité à sentir le plaisir, le mouvement, la confiance, la joie, l’élan vers l’autre et vers la vie, et la capacité à aimer sans peur.

C’est là que l’expression Il Corpo Ritrovato — le corps retrouvé — prend tout son sens.

Il ne s’agit pas de devenir une autre personne.

Il s’agit de retrouver progressivement un corps plus sensible, plus mobile et plus vivant — et, à travers lui, une manière plus libre d’habiter sa propre vie.

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